Portrait de Khwin – Chanteuse et interprète au Happy Day’s

Qui êtes-vous ? 

Je suis chanteuse, originaire de Guadeloupe. J’ai commencé à chanter il y a plus de 20 ans. Au départ je voulais travailler dans la publicité. Il se trouve que des amis trouvaient que j’avais une belle voix. Je n’ai jamais pris de cours de chant, je suis autodidacte. Mon parcours est assez varié.

J’ai commencé en passant les auditions pour Starmania et j’ai été prise. Juste après avoir signé avec Starmania, j’ai voulu casser mon contrat, j’avais trouvé un emploi dans la publicité. Je n’ai pas pu rompre mon contrat et j’ai donc fait Starmania, ce qui fut un réel tremplin et une belle expérience. Puis, j’ai fait plusieurs duos et travaillé par exemple avec Philippe Lavil, Neg Marron, Ménélik… Pour être sure de mes capacités j’ai participé aux auditions pour intégrer le Cirque du Soleil. J’ai été retenue, mais je n’ai pas souhaité poursuivre l’aventure. Si je pouvais intégrer le Cirque du Soleil et partir aux Etats-Unis, j’avais donc les capacités pour m’épanouir et y arriver par moi-même. J’ai donc continué ma carrière de mon côté, en faisant par exemple beaucoup de festivals en France, au sein du groupe Back Beat. La scène, le spectacle live est passionnant, c’est ce qu’il me plait.

J’ai également participé à des films/téléfilms en tant qu’actrice, c’était marrant. Etant une chanteuse au sein d’un milieu d’acteur, je n’ai pas bien été accueillie. J’ai également fait des doublages de film mais ce milieu ne me correspondait pas, je n’ai donc pas poursuivi.

Un de mes plus beaux souvenirs en tant que chanteuse est d’avoir fait la première partie de Macéo Parker. Je ne devais pas le rencontrer. Mais il est venu me voir, de lui-même en toute simplicité. Avant de monter ensemble sur scène, il m’a dit « Tiens moi la main, sinon je ne sais pas si je vais y arriver. ». Après le concert nous avons discuté, et il m’a confié « Si un jour, quelqu’un te dit d’arrêter de chanter, répond que Macéo te l’a interdit. ». J’ai également eu la chance de rencontrer Lisa Stansfield, qui m’a aussi dit de ne jamais m’arrêter de chanter et de le partager. Au cours de ma vie, j’ai rencontré beaucoup d’artistes, connus ou non, qui m’ont bouleversé, par la beauté de leur spectacle, par leur voix, par le nombre d’heures de travail qu’ils fournissent. Je pense notamment aux artistes de cirque. Le cirque est vraiment un univers qui me passionne.
J’ai d’ailleurs eu l’occasion de chanter dans l’arène du Cirque Russe avec une choral Gospel de 40 choristes pour des chants de Noël. C’était une magnifique expérience. Pour moi le cirque, c’est ce que j’appelle l’art. Il y a de tout.

Puis, j’ai intégré le cabaret live « Happy Day’s », il y a 11 ans, sur auditions. Je me suis mariée juste avant avec mon complice de scène actuel, Obhy. Quand nous avons intégré le cabaret, je ne connaissais pas cet univers et nous ne chantions pas ensemble, ce qui ne me plaisait pas, j’ai même pensé à partir. Puis, Daniel Hetcher, a insisté pour qu’Obhy et moi formions un vrai duo, à la vie comme à la scène. Depuis ce jour, je suis épanouie. Puis Frank Clerico, a pris la direction du cabaret Happy Day’s. Nous nous sommes tout de suite appréciés. Il est à l’écoute, nous fait confiance pour le spectacle. Je me suis réellement attachée au cabaret grâce au public, il est toujours différent mais très proche de nous physiquement. J’adore échanger avec le public chaque soir. En fonction du public, le spectacle est différent, les notes que je chante sont différentes. C’est vraiment magique.
En plus d’être chanteuse, avec Obhy, mon mari, nous créons le spectacle, organisons les répétitions, faisons les arrangements… Nous avons également recruté les musiciens qui nous accompagnent sur scène. Nous gérons les musiciens d’un point de vue administratif mais aussi humain, nous les écoutons, échangeons avec eux… Je travaille vraiment avec tout l’ensemble du personnel du cabaret : la direction, le service commercial, les musiciens, les serveurs… Je suis vraiment épanouie au sein du Happy Day’s. Mais je ne sais toujours pas qui je suis. Je suis plein de choses. J’ai eu la chance de faire ce que je voulais et aujourd’hui de faire ce que je veux, ce que j’aime.

La femme en 2018 : qui est-elle selon vous ?

Je ne suis pas spécialement fière de la femme en 2018. Nous (les femmes), nous sommes battues pour être reconnues, être acceptées, pouvoir faire ce que nous voulons, nous faire entendre. Nous avons eu le droit de vote il y a peu de temps. Aujourd’hui, beaucoup trop de femmes se dénudent et trop vite. Le travail fait par les femmes ne faisait que commencer, un travail de longue haleine. On dirait qu’il a déjà pris fin, malheureusement. On s’est battues pour faire comprendre qu’une femme ne doit pas être définie en fonction de ses attributs physiques. Aujourd’hui, beaucoup de femmes continuent à faire l’inverse. Ce comportement n’aide pas, je pense, la situation de la femme. Cela ne renvoie pas une bonne image de ce qu’une femme est et pourrait être. Les modèles féminins actuels, comme certaines chanteuses américaines, ne permettent pas de renvoyer une bonne image des femmes, et de pouvoir aspirer à un meilleur avenir.

Je suis certes pessimiste mais pas fataliste. Il faudrait changer les mentalités. Cependant la société actuelle n’est pas assez ouverte d’esprit, « je sais » contrôle les manières de penser. L’argent dirige le monde et permet le pouvoir, tel est le problème qui persiste. Or ceux qui l’ont, n’ont pas comme préoccupation la condition et la valorisation de la femme. Beaucoup de choses ont évolué positivement ce qui est porteur d’espoir mais il ne faut pas s’arrêter, au contraire il faut redoubler nos efforts.

Et vous, comment vous définiriez-vous en tant que femme ?

Je suis une femme très forte et très vulnérable en même temps. J’ai beaucoup de caractère, je sais ce que je ne veux pas. Je pense être une personne douce, humaine et respectueuse des autres, de ce qu’ils vivent, de ce qu’ils ressentent. Par contre, face à des personnes irrespectueuses, je peux être virulente. Je suis croyante, ma religion est très importante dans ma vie. Tous mes tatouages ont une origine biblique. Je n’ai pas peur de les montrer, au contraire, même sur scène, je ne les cache pas. Elle fait partie de moi.

Je suis une femme, et une femme noire, ce qui est encore plus compliqué dans la société actuelle. C’est ce que je vis et vois.
Le travail ne fait qu’avancer pour être réellement acceptée, considérée en tant que femme autant qu’un homme.
Et, être une femme noire est d’autant plus compliqué. Rarement une femme noire est impliquée dans les projets vraiment importants de la société. A date, je ne peux m’identifier à personne. Si quelque chose d’important doit être fait, et si vous êtes une femme noire, on vous dira alors « Vous n’en serez pas en charge ».

Je ne crois pas ce que l’on me montre, ce que les médias montrent. On nous donne l’impression que certaines choses avancent vraiment, mais ce que je vois, ce que je vis est différent. Je me sens hors du monde, comme un pion sur un échiquier appartenant à ceux qui dirigent le monde. Beaucoup de choses restent à faire, en se regroupant par exemple. Certes certaines femmes y arrivent, mais cela reste peu comparé à la majorité. Vivre simplement en considérant l’humain est essentiel selon moi.